Animations, Les Inclassables

Pascal Garnier par… Pascal Garnier

D’après mes papiers, je suis né le 4 juillet 1949, à Paris, 14e. Je ne m’en souviens plus, mais admettons. Ensuite… Enfance normale, dans une famille normale de Français moyens comme on dit, mais pour ma part, de plus en plus moyen à mesure que je m’aperçois qu’on m’a vendu le monde sans mode d’emploi et qu’on a abusé de mon innocence par le biais d’une publicité mensongère. Vers quinze ans, l’Education nationale et moi décidons de rompre d’un commun accord. Je n’en peux plus, j’étouffe, la vraie vie est ailleurs. Je vais donc voir si j’y suis. A cette époque, les routes sont encore praticables, l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient, et toujours plus loin à l’Est. Comme ça, tête en l’air, pendant une dizaine d’années jusqu’à ce que je m’aperçoive qu’au fond, c’est tout petit le grand monde et qu’en plus, vu sa rotondité, on en revient toujours à la case départ.

Arrive alors la femme et avec elle l’enfant. Autour de moi, mes fidèles compagnons de route rentrent à la niche les uns après les autres, enterrant leurs rêves et leurs illusions comme des os à ronger, pour plus tard, quand ils seront vieux, quand ils n’auront plus de dents. Par défi devant une telle débandade, je me lance dans le rock’n roll et pour dire vrai, je me reçois très mal. Je ne suis pas plus doué pour être pop star que père de famille. Toutefois, en écrivant mes pauvres chansonnettes, j’ai pris goût aux mots. Au fond de moi je nourris le fol espoir d’écrire plus long, un livre par exemple. Mais la pauvreté de mon vocabulaire et ma méconnaissance de l’orthographe et de la conjugaison se dressent devant moi comme d’infranchissables barrières. Alors je divorce, je me remarie, je fais un peu de déco pour des magazines féminins, je bricole par-ci par-là, je m’égare parfois dans des combines plus ou moins avouables, bref, je tue le temps, je me solubilise. Et je retrouve la qualité d’ennui de mon enfance d’une douceur opiacée. J’ai trente-cinq ans.

Ne s’évadent que ceux qui sont incarcérés, et d’une certaine manière c’est mon cas. Je n’ai plus le choix, ma seule issue c’est le format 21 x 27 d’une page blanche. J’y creuse laborieusement mon trou sur un coin de table de cuisine. Je meuble mon vide. Une nouvelle, puis deux, puis trois, puis… Un jour un éditeur au bout du fil, et pas des moindres, POL. Un recueil de douze nouvelles sort sous le titre de : « L’année sabbatique ». Une bonne soixantaine de livres suivront chez différents éditeurs, pour la jeunesse, pour les adultes, en noire, en blanche (cette forme d’apartheid ne me concerne pas). Voilà, tout cela est un peu brouillon, je le reconnais. J’écris parce que, comme disais Pessoa: « La littérature est bien la preuve que la vie ne suffit pas ».

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